Ah quelle joie de retrouver Saint-Malo : ses courants d'air, son vent glacial, sa pluie parfois et son théâtre aussi froid que ses employés. Mais qu'importe le temps, il y a le petit rayon de soleil apporté par Karine, ma collègue et amie chasseuse d'autographes, et sa famille, qui annonce que la soirée sera bonne même en cas d'échec.
Les habitués du blog savent qu'à Saint-Malo, il faut attendre devant le théâtre, et derrière, à l'entrée des artistes. Ce soir sont attendus Bruno Solo et Léa Drucker. Pour une rentrée, le destin n'est pas trop sévère et les deux comédiens sortent rapidement, dans le hall, au chaud. Commence la traditionnelle séance de dédicaces et ... là ... l'événement inattendu, le cri dans la nuit, la foudre qui tombe sur le paratonnerre.
Nous nous pensions à l'abri de tout. Désinvoltes, souriants, polis, équipés de crayons et de jolies photos à faire signer, ainsi que d'appareils derniers cris (quoique par pour tous ...). Impensable donc d'être soupçonné de quoique que ce soit. C'est alors que Bruno Solo nous lance sans crier gare : "Ça vous a plu ?". Regards vides, bouches fermées, idées en vrac. Que répondre ? Un mensonge sera trop voyant, la vérité trop brutale. "Vous n'êtes pas venus voir ?" Il nous achève. Nous savons qu'il sait. Il sait que nous ne sommes que des touristes, des opportunistes venus chercher l'autographe sans aller voir la pièce.
Qu'importe, il ne semble pas perturbé plus que ça et continue sans broncher. Un peu plus mal à l'aise, démasqués pour la première fois depuis des années, c'est le sourire forcé et gêné que nous le quittons. Léa Drucker est plus candide et ne nous pose pas la question qui tue.
C'est donc avec un très bon souvenir néanmoins de Bruno Solo que nous partons, fragilisés toutefois à l'idée de tomber un jour sur un autre observateur, peut-être moins conciliant ...