Je suis à Saint-Malo, arrêté au milieu d'un flot de passants qui profitent de cette belle journée ensoleillée. Peut-être que l'un d'eux se demande ce que j'attends dans ce coin sombre du Palais du Grand Large. S'il pouvait seulement se douter que moi-même je n'ai pas la réponse. Aujourd'hui c'est Elie Semoun, hier c'était Roschdy Zem et demain ça sera quelqu'un d'autre. Mais ce que j'attends de cet ensemble de rencontres ... mystère.
La réponse éphemère arrive en même temps qu'une Jaguar dernier cri aux vitres fumées. L'homme aux milles visages affiche un naturel souriant et vient directement s'emparer de mon stylo. A la demande de la traditionnelle photo, il répond oui avec un grand sourire. Nous remerciant, il s'éclipse discrètement sous le regard d'un passant qui a peut-être finalement compris ce que j'attendais.
Mais si lui à sa réponse, je n'ai pas la mienne. Ou alors si. L'espace d'un instant je suis sortit du coin d'ombre dans lequel je me sens si protégé, puisqu'invisible des autres, ou presque. En pleine lumière, mon coeur s'est remis à battre à tout vitesse. J'ai sourit aux quelques phrases de Elie, comme je souris chaque fois que je regarde ses spectacles, et le passant m'a regardé autrement que comme un glandu qui attend seul avec un stylo à la main.
C'est sans doute ça la recherche ultime. La sortie de l'ombre pour la lumière - quelle qu'elle soit. Les stars sont la morphine des malheureux. Ils n'ont d'autre intérêt que d'illuminer une journée, une heure, une seconde. Ils sont les médecins du coeur, ceux qui le booste, le force à sortir de sa réserve, de sa lenteur habituelle. La volonté de l'autographe ou de la photo n'est que la justification d'une envie bien plus profonde. Une envie de peur, d'excitation, de jouissance, de bonheur. Une envie de sentir son coeur battre à tout rompre ... une envie de vivre, tout simplement.




